Acte III : Scène I
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VALENTIN.--Une femme affecte souvent de dédaigner ce qui lui ferait le plus plaisir; envoyez-lui-en un autre et ne perdez jamais l'espérance, car le dédain au commencement rend toujours plus fort l'amour qui le suit : si elle se montre courroucée, ce n'est pas qu'elle vous haïsse, c'est pour augmenter votre amour ; si elle vous gronde, ne croyez pas qu'elle veuille vous congédier, car soyez sûr que les folles perdent tout à fait la raison quand elles se voient seules. N'acceptez pas votre congé, quoi qu'elle puisse vous dire. En vous disant "Retirez-vous", elle ne veut pas dire "Allez-vous-en". Flattez, vantez, louez, exaltez leurs grâces; quelque noires qu'elles soient, dites-leur qu'elles ont le visage des anges. Oui, je dis que tout homme qui a une langue n'est pas homme, si avec sa langue il ne sait pas gagner une femme.
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VALENTIN.--Et pourquoi ne pas mourir que de vivre dans les tourments? Mourir, c'est être banni de moi-même ; et Sylvia est moi-même ; m'exiler d'elle, c'est m'exiler de moi ; exil qui vaut la mort ! La lumière est-elle la lumière, si je ne vois pas Sylvia? Qu'elle est la joie si Sylvia n'est pas auprès de moi, à moins que je ne puisse penser qu'elle est auprès de moi, et jouir de l'ombre de ses perfections? Oh ! Si je ne suis pas pendant la nuit auprès de ma Sylvia, il n'y a point de mélodie dans les chants du rossignol ; et si le jour je ne vois pas Sylvia, le jour ne luit pas pour moi ; elle est mon essence, et je cesse d'être si son influence ne me ranime, ne m'échauffe, ne m'éclaire et ne me conserve à la vie. Je ne fuirai pas la mort en fuyant l'arrêt de son père. En restant ici, je ne fais qu'attendre la mort ; en fuyant de ces lieux je cours moi-même à la mort.
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